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“Mon rêve s’est réalisé” Ma rencontre avec cette légende vivante a bouleversé ma vie. De notre relation, il y a une vertu fondamentale que j'ai retenue. L'humilité. Ce qui m'a fait comprendre le succès qu'il a, et cette aura qu'il a su garder, plus de 30 ans durant. En plus “Mon rêve s’est réalisé” Ma rencontre avec cette légende vivante a bouleversé ma vie. De notre relation, il y a une vertu fondamentale que j'ai retenue. L'humilité. Ce qui m'a fait comprendre le succès qu'il a, et cette aura qu'il a su garder, plus de 30 ans durant. En plus de ce qu'il me fait l'honneur de me porter en triomphe dans un aéroport Félix Houphouët-Boigny bondé de monde. Je suis encore beaucoup plus subjugué lors de sa dernière tournée à laquelle il me convie. Lorsque pendant 04 heures, nous échangions, parlions de bien de choses. Surtout de la politique, son sujet préféré. Et ce, pendant 04 heures de temps. Il me révélera un pan de sa croyance. Cette foi en Dieu. Qu'il débitera sur une chaîne française, comme une déclaration d'amour. ''Je suis la preuve vivante que Dieu existe'' dira-t-il. A partir de cet instant, a germé en moi l'idée de cette interview. Primo, percer le mystère de sa croyance. Parler de ses projets, des crises de nerfs qu'il a surmontées durant sa carrière d'artiste. C'est de tout cela qu'il s'agira dans l'interview qui suit. Mais bien plus, Alpha Blondy ira au-delà. Laissant susurrer certaines informations, gardées jusque-là, top secret. Que représente pour toi l'année 2009 ? Pour moi, elle est comme les années précédentes. C'est l'an de l'espoir. Toutes celles que Dieu nous donnent de vivre traduisent une espérance. C'est comme des vagues de l'océan. Il y en a qui restent et d'autres qui s'en vont. Nous sommes tous des survivants de l'année 2008. Pour les spirituels, 2009, c'est un cycle lunaire qui prend fin… Et qui augure d'une moisson certaine. En tant qu'un être beaucoup spirituel, quelles explications pourrais-tu donner pour 2009, spirituellement parlant ? Pour moi, toutes les années sont hautement spirituelles. Parce qu'il y a l'omniprésence de Dieu. Qui est le maître du temps, le grand horloger. Pour moi, toutes les années lui appartiennent. Nous sommes dans lui. Je n'arrive pas vraiment à dissocier Dieu du monde dans lequel nous vivons. Même quand on le découpe, pour des raisons référentielles, en jour, en semaine, en mois et en année. Ça, c'est pour la communication. Sinon, en vérité et en vérité, le temps, c'est lui. Dans ta carrière d'artiste, comment appréhendes-tu cette année nouvelle ? J'espère, du fond de mon cœur, que Dieu m'aidera à finir certains projets que j'ai entamés. C'est-à-dire finir mes hôtels d'Assinie et de Grand-Bassam, mon centre commercial Versailles… Musicalement, il n'y a pas un challenge particulier ? Je ne compte même pas ça. Cela va sans dire. C'est mon métier. En plus, je ne prépare pas d'album pour 2009. Mais je travaille sur un disque. J'ai maintenant pris goût à prendre mon temps pour élaborer des textes à valeur biblique, coranique ou toraïque. C'est-à-dire des écrits qui n'ont pas d'âge. Que les chansons d'Alpha Blondy puissent toucher chaque évènement dans le futur, dans quelque domaine que ce soit. C'est comme la Bible. Quelquesoit la page que tu vas ouvrir, on te parlera d'évènements anciens, mais qui, de nos jours, peuvent avoir leur équivalent. J'aimerais pouvoir écrire des chansons comme ça. Et c'est dans ce sens que je vais travailler. Je voudrais que cette maturité vers laquelle je tends soit le reflet de ma spiritualité. Avec Jah Victory en 2008, tu as repris goût aux scènes, aux festivals. Un bilan à ce niveau ? J'avoue qu'en terme de bilan, je me méfie… On va dire le point de l'année écoulée… Le rêve premier que j'ai eu en voulant faire du reggae s'est réalisé. Et cela est la résultante des concerts reggae que j'ai vus partout aux Etats-Unis. Aujourd'hui, je suis comblé. Quand je vois ces jeunes qui s'adonnent à cette musique. Qui déchirent grave et qui n'ont rien à envier, musicalement parlant, aux musiciens jamaïcains… Ils sont aguerris et ont un feeling nouveau, avec des colorations ethniques. Toutes ces influences apparaissent dans le reggae ivoirien. C'était ça ma folie, mon rêve. Moi, je compose beaucoup en anglais. Et c'est Clive qui m'a dit. Le côté anglais, les Jamaïcains l'ont assez exploité. Mais toi, tu as la chance de pouvoir parler une langue africaine, qui est le mandingue, le Dioula, parce qu'il aime beaucoup ''Bori Samory'' et bien de mes compositions en Dioula. Il m'a donc exhorté à continuer sur cette voie. Et donc, quand il a voulu produire Alpha Blondy, c'est ce petit air qu'il a mis en avant. En disant African Reggae. Et en son temps, je te parle de 1977, il me désignait de par le thème : ''Le Bob Marley africain''. Je n'avais pas de disque. Et il m'a mis en contact avec des Dominicains qui faisaient du reggae. Et ce qu'il brandissait, c'était le thème générique de ''Bob Marley Africain'', lorsque je devais jouer à leur première partie. Et, il ne mettait pas Alpha Blondy, mais plutôt Seydou, puisqu'il fallait un nom africain. Aujourd'hui, ce que je fais comme bilan, ce n'est pas mon propre succès à moi. Mais plutôt la réussite du projet que j'avais secrètement nourri. La première scène reggae que tu as vu, c'était à New York, un concert de Burning Spears notamment. Peux-tu nous la raconter brièvement ? Tu sais très bien qu'entant qu'Ivoirien, j'ai une mémoire d'Eléphant. Cela dit en passant, j'ai été impressionné par la voix de Burning Spears, son style vocal. A l'époque, au central Park de New York. C'était au moment où on fumait de gros pétards. J'étais avec un ami du Niger qui travaillait aux Nations Unies. Et on voit déferler un monde fou vers le Shefer Music festival. Blancs, Noirs, tous drapés de couleurs rouge, jaune et vert convergeaient vers ce lieu. Partout, je voyais des cartes d'Afrique de tous les formats, qui étaient exposés. C'est mon pote qui avait le blé. Près de la fontaine, il y avait des marchants de ganja. Lui, ne fumait pas trop, en tant que petit diplomate. Moi, j'avais l'appareil photo de ma femme, une américaine d'origine Irlandaise du nom de Kathleen, avec qui j'étais marié en son temps. Sur moi, j'avais aussi une carte d'étudiant. Puisqu'en son temps, j'étais étudiant au Américan Language Program à Columbia. C'est la structure avant la grosse université. Bref. On arrive et le show commence. Lorsque Burning Spears monte sur scène, j'ai l'impression de voir un chansonnier. Une voix brute comme je les aime. C'était une voix à la Séry Simplice, Reine Pélagie ou encore Salif Kéïta. Quand j'ai écouté, j'ai dit Waouh ! Voilà la musique que je veux faire. Tu sais, nous, au collège, on faisait du rock. Or là, on mettait en valeur l'Afrique. On parlait de : ''Est-ce que vous vous souvenez des jours d'esclavage où ils nous ont battus, enchaînés et rejetés…''. Et tu vois, moi en tant qu'Africain, j'avais ce sentiment. Cette révolte qui me consumait depuis le pays. C'est cette révolte, dis-je donc, qui allait te pousser à embrasser cette carrière. Plus de 30 ans après, tu dis que si tu es arrivé là, c'est que Dieu l'a permis. On ouvre ainsi le grand chapitre de ta foi en Dieu. Comment la définis-tu ? Je vais être un peu prétentieux en disant que : “Je suis la preuve inéluctable, palpable et vivante que Dieu est, et qu'il est vivant’’. Je n'arrive pas à dissocier l'Homme, l'être humain de Dieu. Même dans l'une de mes chansons, je dis : ''Et Dieu créa Dieu, à l'image de Dieu. Et par humilité, il l'appela homme’’. Le nom de Dieu ne peut être entendu que par les graines de Dieu. C'est un code. Justement, ce code est assez difficile à déchiffrer. Pour le musulman ou le chrétien, on se demanderait de quel Dieu tu parles... C'est là où ils me chatouillent. Ils connaissent combien de Dieu, eux. Dieu est un avec un “S”, et indivisible en plus. Avec “S” à la fin, c'est-à-dire ? Dieu, c'est l'unicité, c'est le principe de l'arbre. Tu vois un manguier avec des millions de feuilles et de branches. Mais, ça fait un arbre. C'est cela ma vision de Dieu… Quand on me demande de quelle branche de l'arbre je suis, je dis l'arbre est ma religion. Dieu est ma religion. N'essayez pas de balkaniser ma foi. Vos querelles religieuses et vos colorations spirituelles, je ne voudrais pas y être impliqué… On va donc dire qu’Alpha a sa religion et son Dieu à lui ? Non… Dieu est mien. Ça ne veut pas dire que j'ai mon Dieu et que vous avez le vôtre. Je vous l'ai déjà dit, plusieurs fois. Je le dis parce que la religion musulmane et chrétienne ont chacune leur code. Quel est le code de la religion d'Alpha Blondy ? Ecoutez… C'est vous qui avez codifié Dieu. Et je vais vous répondre comme Moïse a répondu aux Hébreux. Il a dit : “Je ne suis pas de ceux des ignorants…” Et moi, je vous ai dit que Dieu m'a donné des yeux pour ne voir que lui. Lui, en tant que “elle, il, arbre, insecte, éléphant, lion”… Lui, en tant que tout ce que votre cerveau connaît ou ne connaît pas. Il n'y a de Dieu que Dieu. Le Dieu de la diversité. Si je comprends, avec Alpha, il faut croire en Dieu. Et pour cela, il n’y a pas de code. Dieu, on l'aime, on l'identifie à autrui… C'est tout... Je ne suis pas dans cet apartheid spirituel. J'ai dit à des frères rastafaristes, musulmans, chrétiens et juifs que quand je vais à Jérusalem, je vois que Dieu a tout écrit. Il m'a dit : “que tu ne te mêles pas de leurs querelles.” Moi, je ne suis arrivé qu'avant-hier sur terre. Je n'ai que 56 ans. Dieu m'a amené ici. Je suis venu trouver les gars dans leurs histoires. Si moi, j'ai compris, c'est que eux, ils ont compris. Maintenant, quelles sont les raisons qui les opposent ? Je ne veux pas savoir. Je chante la gloire de Dieu. Et je la vis dans l'Israélien, le Palestinien, dans le chrétien, le musulman, le bouddhiste. Je vois Dieu. Et il m'a fait l'honneur de se montrer à moi. Et comment ? Le voilà en face de moi avec un micro et il joue les journalistes. Mon créateur m'a donné des yeux pour ne voir que lui. Même mon enfant qui m'appelle papa, c'est lui. Même ton enfant… C'est Dieu dans sa grande humilité. Il s'est donné à toi. Tu dois le nettoyer, l'habiller. En plus, il t'appelle papa. Comment Alpha, lui, se comporte avec ce Dieu ? Naturel… Parce qu'il lit en moi. Lorsque j'ai mal, il sait. Quand je fais mal, il sait. Il n'y a pas d'hypocrisie entre mon créateur et moi. Voilà pourquoi on me dit souvent que j'aime dire les “gbês”. Parce que je m'adresse à mon créateur. Je ne dis pas que j'ai la science infuse. Donc, je ne peux pas biaiser avec lui. Je dis souvent à mes amis que j'aime dire des choses pour qu'on rigole. Mais quand il y a des sujets sérieux sur lesquels on m'interpelle, c'est une sorte d'oral, de contrôle, face à mon créateur. Je suis obligé de dire ce que je pense, au fond de moi, être ma vérité. Au-delà de cette croyance qui est assez singulière, il y a que Alpha Blondy a, par moments, recours à des symboles religieux. En 2008, l'on se rappelle notamment l'érection de la statue de la vierge Marie sur la lagune, à Azuretti. Explication. Tout cela, c'est dans ma quête de Dieu. J'ai dit que je voulais honorer toutes les mamans de l'univers. Et ce que j'ai appris, durant mon passage terrestre, c'est que Marie est la mère de Jésus. Nous sommes tous issus d'une Marie. A travers elle, je voulais dire merci à toutes les mères. Si toi et moi pouvons voir le ciel, les étoiles et contempler les merveilles que renferme le monde, il a fallu qu'une petite femme nous porta, pendant 9 mois, et nous poussa. Cette statue, elle est toujours là ? Oui… Que symbolise-t-elle pour toi ? Je rends hommage à Dieu. L'érection de statuettes de la vierge Marie autour de ton bunker, ça répond à quel souci ? Dieu... C'est à croire qu'Alpha voue un culte à la vierge Marie ? Ecoutez, je ne veux pas rentrer dans ces considérations. Je fais un culte à Dieu. Et à tout ce qui représente le côté divin du monde dans lequel je vis. Il y a aussi St Antoine de Padoue. Je ne savais même pas qui il était, lui. Et pourtant, il m'a rappelé le vieil homme que j'ai vu au saint sépulcre, sur la tombe de Jésus, quand j'ai été à Jérusalem. Après, je l'ai vu dans une vitrine lors de l'une de mes tournées en Europe et je l'ai acheté. Quand j'ai mis la vierge Marie, j'ai dit à mon sculpteur, Jérôme, un jeune de Man, de me reproduire Saint Antoine de Padoue. Je te promets. Je respecte toutes les religions, à cause du saint nom de Dieu. Cette érection de la statue de la vierge Marie avait suscité des réactions. Je réponds que Dieu est omniprésent, omnipotent et des fois, omniprovocant. Tu as vu cela comme de la provocation ? C'est Dieu même qui a réagi là… Tu sais, Dieu devient timide des fois, quand tu le glorifies trop. Par humilité, certainement C'est ce que je te disais depuis. Dieu est tellement humble qu'il est timide. Lorsque j'ai été voir le saint sépulcre, j'ai commencé à regarder les hommes bizarrement. Il y a une question qui a commencé à me trotter par la tête. Qui est : “Et si l'homme était Dieu ?”. Je me suis dit, Zut ! C'est vrai que si j'étais Dieu et que je voulais passer inaperçu, je me ferais homme. N'est-ce pas par humilité que tu exprimes toute cette reconnaissance à Dieu, en lui attribuant tout ton succès ? Au demeurant, tu aurais pu dire que c'est ton talent qui t'a permis d'être là... Non… Ce n'est pas de la vanité. C'est par sincérité et honnêteté que je dois donner à Dieu ce qui lui revient. Aucun artiste ne te dira que l'inspiration lui est venue de la nature. Ton cerveau et les informations qui y sont contenus ont été mis par une énergie, qui est Dieu. Pourquoi c'est moi qui ai trouvé “Opération coup de poing” et pas un autre ? Parce que c'est ce que Dieu voulait. En plus, “Opération coup de poing”, c'est une histoire vécue d'une blessure. Et Dieu en a fait un triomphe. Quand je vois les policiers, je dis que ce sont des collègues. Lorsqu'il y a le Ying, il y a le yang. Ce jour, s'il ne m'avait pas botté les fesses avec la matraque, je n'aurais pas eu cette inspiration. Je serais resté en train de croupir dans mon ghetto, dans la galère. On me dit parfois de parler de ma galère en Amérique, de ces merdes ridicules que j'ai vécues. Avant, je prenais cela comme une galère. Aujourd’hui, à mon âge, je considère que se sont des épreuves que l'Eternel a mises sur ma route pour affermir ma foi. C'est vrai, j'ai eu mal, mais l'Eternel savait ce qu'il faisait. Tout à l'heure, tu parlais du spectacle de central Park que tu es allé voir, avec l'appareil photo de ta femme, une Américaine d'origine irlandaise. Ta vie privée, c'est un sujet dont tu parles rarement. Alors, on voudrait savoir, finalement, avec combien de femmes t'es-tu marié ? A une seule, qui est Ran. Avec l'Américaine, le mariage n'a duré qu'un seul mois. Et quand c'est comme ça, il n'y a pas de divorce, il y a annulation. Celle que je devais vraiment épouser, c'est Fanta Diallo. Qui est le premier amour de ma vie. Dieu a voulu que ce mariage n'aie pas lieu. Et puis, j'ai attendu de rencontrer quelqu'un. Cet amour que j'ai cherché pendant longtemps. Et je l'ai trouvé. Cela a pu au moins combler l'absence de Fanta. Du fait que je sois passionné et en même temps possessif. Il faut avoir du caractère et une certaine tolérance, quand on veut être mon épouse. Fanta, je l'ai connue au collège. Tu vois, les amours de collège, tu n'as rien, tu n'as que des projets, des rêves que tu prends pour la réalité… Fanta savait que je voulais faire de la musique. Et elle m'a beaucoup aidé. Elle m'a enseigné quelque chose. Par exemple, les mères de mes enfants, je me sens responsable d’elles, même quand elles vivent ailleurs. Et cela n'a pas de prix. Je tiens à l'équilibre de mes enfants. Pour cela, il faut qu'elles l'aient aussi, cet équilibre. Même quand elles ont des histoires avec leur nouveau mari, j'essaie d'intervenir. Fanta m'a inculqué cela. Qu'est devenue Fanta Diallo ? Elle est décédée. Dans mon esprit, avec ma foi, je pense qu'on ne décède jamais vraiment. Les voies du Seigneur sont insondables. Et je voudrais vraiment respecter cela… On est sorti de l'invisible pour rentrer dans le visible. Les crises de nerfs qu'Alpha Blondy a vécues ? Il y a quelque chose que les gens n'ont pas compris. Mais ce n'est pas grave. J'ai été victime d'un empoisonnement à la poudre d'ange. Je n'ai jamais pris de produits chimiques. J'ai lu dans des papiers où il était écrit que je prenais de la cocaïne ou de l'héroïne. Jamais, au grand jamais, je n'ai touché à ces stupéfiants. Ceux qui me connaissent savent que j'étais un herbivore pur et dur. Je fumais énormément de joints. Au moins, 50 à 60 joints par jour. Aux Etats-Unis, j'ai été empoisonné par quelqu'un qui m'a donné un joint qui était miné. Il y avait de la poudre d'ange. Qui est un tranquillisant pour éléphant. Quand les gens meurent, on le leur injecte pour que leur corps ne pourrisse pas. C'est une drogue inodore. Un matin, je n'avais pas de joint, et j'en ai demandé à mon voisin de pallier. C'est lui qui m'a fait ce coup. Mais comme toujours, Dieu m'a sauvé. Je n'ai pas fumé tout le joint. J'ai seulement tiré deux “taffes”. Et j'ai pris ma douche pour aller au cours. En me disant qu’à la pause, avec les copains, on allait brûler ça. Parce que je n'avais ni herbe, ni argent. Ce sont les deux ''taffes'' de ce joint qui m'ont amené à l'hôpital, pendant cinq ans. Il suffisait que je sois fatigué, qu'on m'énerve ou que je sois frustré pour que je fasse la crise. Les médecins ont été formels en disant que je suis un miraculé. Et ils ont ajouté que si, par malheur, je finissais ce joint, je serais devenu un légume. Et par moments, quand des gens éprouvent le plaisir de me blesser, en parlant de cette époque-là, ils me font rire, parce qu'ils mettent dangereusement leur vie en danger, sérieusement parlant. J'ai pris Dieu comme bouclier, comme garde-fou. Pour moi, la folie véritable émane d'une personne qui ôte la vie. Jamais, je n'ai ôté une vie. Je n'ai jamais fait la prison. Et pourtant, ce ne sont pas les occasions qui ont manqué. Je me suis désespérément accroché à ma Bible. Je suis le premier, sans prétention aucune, venu d'un l'hôpital psychiatrique et devenu le top, le N° 1, pendant trente ans. Une fois de plus, c'est une épreuve que Dieu a mise sur ma route. Pendant cette période de crise, j'ai voulu me suicider. Et une fois de plus, Dieu m'a cassé la gueule. Parce qu'il sait que je suis l'un de ses enfants les plus cons. Et il m'a rattrapé en vol, plusieurs fois. Il y a eu aussi l'histoire des lingots d'or… Ecoutez, quand quelqu'un tire en l'air, c'est qu'il ne veut pas tuer, surtout dans Paris. C'était une façon de prouver mon mécontentement. Je suis, des fois, très excessif. Ce qui fait que je m'accroche à la Bible. Il y a eu aussi cette crise à la suite de laquelle tu as été interné pendant, cinq jours, à la Pisam. Je n'ai pas été interné. On va dire hospitalisé. Voilà ! Parce qu'il y a nuance. Je suis tombé dans le coma. Et j'ai passé cinq jours en réanimation. C'était suite à une injection que les médecins m'ont faite à la maison. La dose était trop forte. Ce qui a provoqué un arrêt cardiaque. Pour moi, c’était une fois de plus, une épreuve que Dieu a mise sur ma route. Je connais un seul danger pour moi. C'est moi-même. Mon seul ennemi sérieux, c'est moi-même. Et, je le pense sincèrement. As-tu un contrôle sur ta conduite ? Tout le monde est maître de ses actes. Tout un chacun a le choix de ses actes. S’il est un criminel, il assumera. Mais je te parle du garde-fou divin. Corinthiens dit : “Tout est permis ici bas, mais tout n'est pas utile. Tout est permis ici bas, mais tout n'affranchit pas”. Et j'essaie d'en faire un principe moteur de mon existence. Il y a des instants où, quand les gens m'énervent, j'appelle la police pour éviter de tomber dans leur jeu. Eux, se donnent une limite. Pourtant, moi, je n'en ai pas. Ma seule limite, ce sont les écrits. Et je m'accroche à cela désespérément. Dieu, dans sa miséricorde, en vérité, et en vérité, a toujours su me rattraper en route. C'est pourquoi je dis que je l'ai vu. Il s'est montré à moi et je le crains. Pour 2009, on parle de six mois de tournées. Tu sais, je ne peux rien te décortiquer. L'Eternel guide mes pas. S'il veut que demain soit demain, il en sera ainsi. Je ne sais pas ce qui se passera les minutes qui suivront notre entretien. Si je dis, Guillaume, allons au Versailles, je ne peux deviner ce qui nous attend en route. Tout cela, est spirituel. Mais de manière pragmatique, les dates de tes tournées sont définies. On aimerait donc avoir une idée de ton planning... Tout est spirituel ici bas. Même ton planning qui est bouclé ? Eh, tu veux rigoler un peu là. Une fois, on avait trente dates à boucler. Premier concert, je me casse la jambe. Toute la tournée est annulée. Alors, je me résous à dire que le patron en a décidé ainsi. Après les solidays, on est allé à un petit festival. Ensuite, je devais parrainer une émission au Canada. Et je me casse un membre. Je voulais partir à Montréal avec le pied enflé. Le médecin m'a ramené à la raison en me disant que dans mon état, aucune compagnie ne voudra me prendre. Parce qu'en altitude, le corps enfle. On a dû rester à Paris. Pour te dire qu'on ne peut pas être totalement formel. Il faut toujours garder une petite marge. A propos de jambes cassées, il y a eu la tournée américaine, l'an dernier, que tu as dû écourter suite à un malaise. De quoi souffrais-tu exactement ? D'une pleurésie, qui est un état de pneumonie très aigu où l'on a de l'eau dans les poumons. Mon mal a commencé par un palu. Par la suite, j'ai pris froid, puisqu'on était en plein hiver. A la suite de cette maladie, on t'avait recommandé d'arrêter la cigarette et l'alcool. Là, on voit que tu fumes... On ne m'avait pas vraiment interdit l'alcool. C'est moi qui voulais arrêter la cigarette et le Porto. J'ai arrêté pendant deux mois. Et un incident m'a mis en colère. Lequel ? Je préfère ne pas le mentionner. Vous avez dû le lire dans les journaux. J'étais tellement en colère que j'ai acheté un flingue. J'ai acheté une bouteille de Porto et un paquet de cigarettes. Ça m'a refroidi. J'aurais pu acheter un joint. J'ai ce côté un peu suicidaire. Je le dis, le jour où je prendrais une vie, je rendrais la mienne. Un philosophe a dit qu'il y a une chose qui est certaine sur terre, c'est que personne ne va s'en tirer vivant. Pour clore le paragraphe divin, quelqu'un a dit “Si Dieu existe, qu'il le dise. Et s'il n'existe pas, qu'il ait le courage de l'avouer…” Tu aimerais bien avoir cette réponse de Dieu un jour ? On n'a pas besoin d'explication avec cette assertion. Dans tous les cas de figure, il ne peut pas ne pas exister. Me concernant, le jour où il dira qu'il n'existe pas, je l'enverrais au commissariat le plus proche pour faux et usage de faux, escroquerie spirituelle et haute trahison. Parce que je lui demanderais de me dire ce que je fous ici. Sur quel sujet aimerais-tu t'exprimer à l'instant, après tous ceux qu'on a passés en revue ? Ce que la vie m'a enseigné. Quoi par exemple ? L'amour … Tout ce que nous cherchons ici, c'est par amour. On veut ressentir l'amour et en donner. Dieu m'a donné énormément d'amour. Tous les jours, il m'en donne. S'il y a quelque chose que je retiens de mon passage terrestre, c'est l'amour que Dieu m'a donné. Que j'ai essayé, à mon tour de donner. L'amour que mes contemporains, mes amis, les femmes, m'ont donné. Cela n'a pas de prix. Cela ne se qualifie, ni ne se mesure. Ça se sent. Tu parles comme si tu étais au soir d'une vie. Nous sommes tous au soir d'une vie. Dès l'instant où tu es né, tu es mort. C'est le principe des étoiles. Et, Dieu l'a bien fait. Aucune graine de Dieu ne vivra la mort. Tu as retenu de ta vie, l'amour. Ce que nous, nous avons retenu de toi, c'est l'humilité. Comment fais-tu pour cultiver cette vertu ? Je vais te dire, mon frère Vergès, ça aussi, c’est Dieu qui a commencé. Quand j'allais à l'église, ou quand j'allais à la mosquée, je regardais le prêtre à l'infini. Pour moi, lui et ses disciples sont les mêmes. Pareil pour l'Imam et ses disciples. Dieu nous enseigne à l'infini. J'ai l'impression que le passage terrestre est un éclair. Dieu nous y montre le bien et le mal. C'est la Bible , le Coran et la Tora conjugués. La Fondation Alpha Blondy, on en parle ? Depuis 1988, j'ai mûri cette idée. A l'instar de Coluche qui a fait les restos du cœur, j'ai toujours songé à ouvrir un espace où les gens viendront se nourrir à satiété. Très souvent, on m'a abordé dans ce sens. En Côte d'Ivoire, il y a entre 6 à 7 millions de chômeurs, c'est énorme. Dans cette optique, on va ouvrir un restau géant près du café de Versailles. Je vais aller demander du poisson au port, des patates, de l'igname et autres. Et ce sera gratuit. J'irai voir mes sœurs au marché gouro, pour leur dire que leur chef a besoin d'oignons, d'ignames pour nourrir des Ivoiriens et des non Ivoiriens. J'ai aussi un projet d'école bilingue. De la 6è à la Tle, les matières seront dispensées en français et en anglais. Le terrain est disponible. Il faut que je chante vite, afin de trouver les moyens de construire les salles de classe. Ensuite, j'irai voir les ambassadeurs et les institutions pour le personnel enseignant. g_verges@yahoo.fr Réalisée par Guillaume Vergès |
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