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PETIT DENIS, EN ITALIE “On lit, on fume, on se soigne ” Très relax, avec une bonne mine et un embonpoint qui se remarquent d’emblée. C’est un Petit Denis visiblement requinqué qui nous a reçus la semaine dernière dans une résidence hôtel de la place. Très relax, avec une bonne mine et un embonpoint qui se remarquent d’emblée. C’est un Petit Denis visiblement requinqué qui nous a reçus la semaine dernière dans une résidence hôtel de la place. Sa cure de désintoxication en Italie pendant trois mois, ce que cela lui a apporté alors qu’il était devenu un accro de la drogue, son état de santé aujourd’hui, ses projets artistiques sont entre autres, les sujets abordés dans cette causerie avec Denko, l’enfant terrible du zouglou. • Comment ça va Denko ? Apparemment tu pètes la forme. - Oui ! Ça va très bien. • Et à Pérouse ? - Perugia, c’était bien. J’ai bien aimé mon séjour. J’ai bien apprécié la manière dont j’étais traité là-bas. En conclusion, c’était bien en Italie. • Tu étais dans un centre de désintoxication de drogués… - Effectivement, j’étais dans un centre de désintoxication. J’ai suivi ma thérapie comme il le fallait et puis voilà… • Combien de temps es-tu resté dans ce centre ? - Trois mois et après j’ai pris un mois de quartier libre. • On imagine que ce n’était pas facile pour toi loin des tiens. - La difficulté, c’est que les premiers jours de mon arrivée, je ne pouvais pas supporter l’isolement. C’était un peu chaud sur moi. Je supportais mal le fait d’être dans un endroit clos. Ce que le centre demandait : être bien isolé, ne pas recevoir de visite ni de coups de fil. Ce n’est pas facile. • Tu n’étais pas accompagné ? - Non ! Tous ceux qui sont internés dans ce centre sont seuls. Vos parents vous déposent et après c’est ceux qu’on appelle les «operatores» (prononcer opératorèss) qui s’occupent de vous. En tout cas, c’est eux qui vous surveillent et vous soignent. • C’étaient quoi les soins ? - Les Ivoiriens ont tendance à faire croire que le Blanc fait prendre des médicaments pour pouvoir arrêter la drogue. Non ! Arrêter la drogue est psychologique. On nous faisait donc faire de petites activités comme le sport, bavarder entre nous. On essayait aussi de nous faire comprendre les effets néfastes de la drogue. Le travail était plus psychologique qu’autre chose. • A côté du travail psychologique, les encadreurs vous donnaient-ils des médicaments ? - Il y avait plusieurs cas et les traitements n’étaient pas les mêmes pour tous. La consommation de drogue en Côte d’Ivoire est moyenne par rapport à celle de l’Italie. Les toxicos d’Italie sont plus atteints qu’un petit «dozo» ivoirien qu’on emmène dans ce centre. Le petit Africain peut commencer à se remettre petit à petit, entre trois et quatre jours, sans même avoir des crises. Par contre, le petit Blanc, c’est encore plus long. Lui, il lui faut au moins un mois pour commencer à se remettre. Donc les Blancs étaient vraiment obligés de prendre beaucoup de médicaments. Au fait, on regardait ton comportement. Il y a certains qui n’arrivaient pas à dormir la nuit et se mettaient à crier. • Comme dans un asile de fous… - Yes I ! Voilà ! C’est à ceux-là qu’on donne les comprimés. Pour être franc, voici ce que j’ai dit à mes encadreurs : «Je ne sens plus de manque après quelques jours». Donc, au lieu que ma thérapie soit très médicamenteuse, elle était plutôt psychologique. Il faut savoir que les comprimés ont des effets secondaires. Au fait, le comprimé, c’est la même drogue qu’on te donne mais en dose réduite. Avec l’accord des médecins, j’ai donc décidé de ne pas trop prendre de comprimés. Sinon, ils m’en ont fait prendre au début mais ça m’alourdissait. Je faisais plutôt beaucoup de sport, notamment la gymnastique et ça faisait partie de nos traitements. • Qui sont exactement les personnels du centre ? - C’est comme un hôpital. Il y a des médecins, des infirmiers, un psycaz (un psychologue)… Il y avait aussi un prêtre. • Le prêtre, c’était pour quoi faire ? - On l’appelait M. Paolo. C’est des Italiens et il a aussi sa main dans le way (business). Il est aussi un responsable du centre. • Est-ce qu’il vous faisait prier ? - Non, pas précisément ! Mais au centre, il y a un tableau sur lequel sont écrits des messages contre l’utilisation de la drogue. On lit les messages au tableau ou on les récite. Et le prêtre est là à côté et veille à ce que cette séance de thérapie soit bien suivie. • Sortiez-vous du centre pour aller en ville ? - Non, c’est formellement interdit. En fait, le centre, c’est un caba (prison). Mais là, c’est un caba doré, un caba famille, quoi. Dans nos chambres d’interne, on avait une télévision. On n’avait pas droit à l’alcool. On avait seulement la bouffe et un paquet de cigarettes par jour chacun. • Ah bon ! on vous permettait de fumer ? - Oui ! On nous donnait effectivement un paquet par jour. Ça fait partie de la thérapie. On utilise ce qui vous a rendu malade pour vous guérir. • Quel genre de cigarette ? - La cigarette normale et il faut ajouter qu’il y avait beaucoup de nourriture européenne. • Tu n’as pas eu un problème de langue ? J’ai eu la chance d’être déjà allé en Italie avant d’aller me faire désintoxiquer. J’arrivais à me débrouiller en italien avec le personnel. C’est comme un Anango qui essaie de parler français. On arrive à le comprendre même si son français est approximatif. • Comment se passaient les journées ? - Il faut souligner qu’on n’habitait pas le centre. On quittait donc notre habitation à 9 heures pour le centre à bord d’un car de ramassage. A partir de 18 heures, on rentrait. • Combien étiez-vous ? - Nous étions au nombre de quinze. C’est un établissement qui coûte cher. C’étaient seulement les enfants de boss qu’on y internait. Dans ce groupe, j’étais le seul Nègre. • Après trois mois de traitement, comment te sens-tu aujourd’hui ? - Je viens d’une cure de désintoxication. Je ne veux pas me placer devant la presse pour dire : “je vous jure, je ne toucherai plus jamais à la drogue.” Dieu pourvoira. Ce qui compte, c’est ma santé et Dieu merci, ça va mieux chez moi. Ce qui m’énerve, c’est que j’ai pris un peu de poids (rires). • Quel était ton poids avant d’aller en Italie ? - J’étais faible ! Très faible !!! Maintenant, j’ai grossi et j’ai même peur de savoir mon poids. • Comment expliques-tu ta dépendance vis-à-vis de ces stupéfiants ? - Comment je l’explique ? (Il marque une pause). Excusez-moi pour cette question. C’est comme un passé pour moi et ça n’a plus d’importance. Quand je vous dis que c’est psychologique, comprenez que c’est psychologique. Si je vous disais aujourd’hui que je ne me souviens plus que j’étais un toxicomane, vous n’allez pas le croire. Et c’est ce qui est présentement. Il y a certains détails sur lesquels, je ne veux plus revenir. • Au fait, tu nous as dit que ce centre coûtait cher. Comment tu y es arrivé ? - C’est ma chance ! Je dis cela parce qu’à travers ma personne, beaucoup de jeunes Ivoiriens qui sont dans le même cas que moi, auront l’espoir qu’on peut se passer de cette chose-là. Je suis l’exemple qu’on peut sortir de la drogue. Ce qui est dommage, c’est qu’on n’a pas ce genre de centre ici, en Côte d’Ivoire. • Est-ce vrai que c’est Blé Goudé (Président de l’Alliance des jeunes patriotes) qui a payé les frais comme on l’a appris ? - Il m’a beaucoup aidé. (Rires). • Quel effet tu as ressenti quand tu as foulé le sol ivoirien il y a quelques jours ? - Bon, j’étais d’abord content parce que l’avion n’est pas resté en l’air. Ensuite, ça me fait plaisir de ressentir la chaleur de mon pays. J’étais heureux d’être au pays, c’est tout. • A l’aéroport, tu te serais fâché parce que ta fiancée Mariam n’était pas là ? - Vous voyez, quand j’étais en Italie, j’allais souvent sur l’Internet (ça m’a d’ailleurs permis de mieux maîtriser l’Internet) et je lisais des choses pas bien sur moi. Et souvent, je vois que les journalistes exagèrent. J’arrive à l’aéroport et on pose la question de savoir ce que ça me fait et je dis que je suis content. Et quand le journal paraît, je vois en grands caractères : «Ma fiancée n’est pas venue me chercher, ça fait ch…». Vraiment dommage ! • Tu ne te souviens pas avoir dit aux journalistes que le fait qu’elle ne soit pas venue t’énerve ? - Non, puisqu’elle était bien là. • C’est bien de Mariam qu’il s’agit… - Oui, mais je voudrais qu’on l’épargne un peu côté show-biz. Ça évite de raconter des b… • Malgré tout ce qui se dit, elle t’est restée fidèle… - (il coupe) Tout le monde est resté fidèle à moi. Et le plus important et le plus merveilleux, c’est que pendant que les gens cherchent à nuire à ma carrière, les fans se multiplient. Ils sont encore plus borotés (nombreux) ! Donc, pour ma femme, ce n’est pas étonnant. Ça dépend de ce qui nous lie. • Pourquoi vis-tu dans une résidence depuis ton retour au lieu d’habiter chez toi ? - Il y a trop de frères sang (amis) et de môgô (gens) qui veulent me voir. Donc, je suis venu me reposer un peu avant de sassa (prendre) les repères et de me décrou (sortir). Voilà ! A la résidence, c’est encore plus calme. • Au fait, au centre en Italie, tu écrivais ce que tu vivais, tu composais des mélodies en vue de ton prochain album ? - Je ne sais pas écrire dans un calepin. Chez moi, c’est l’esprit qui compose… • Tu n’écris pas tes textes avant d’aller les chanter en studio ? - Non ! Ça vient comme ça ! • Tu enregistres donc avec un magneto ce qui vient dans la tête ? - Non ! Je retiens. • Tu n’oublies jamais ? - Si, il m’arrive d’oublier, ensuite de me rappeler et après oublier, et me rappeler encore. C’est comme ça chez moi. • Bon. est-ce que ton expérience dans cet établissement italien t’a inspiré des chansons ? - Suivre une thérapie est psychologique. Me mettre d’autres choses dans la tête, cela allait me compliquer la tâche. Pour être clair avec vous, je ne me mettais pas dans la peau d’un artiste. Je me mettais dans la peau de quelqu’un qui était venu suivre une thérapie, prendre des soins et basta ! • Donc tu n’étais plus artiste et tu avais mis la musique de côté ? - Ouais ! • Maintenant que tu es revenu… Bèh ! je reprends mon boulot. Après La Nuit du Zouglou le 30 avril, je compte commencer les premières notes de mon prochain album. Par Eric Cossa et Omar Abdel Kader |
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