Aïcha Koné: Pourquoi les Chefs d'Etat l'aiment Aïcha Koné, celle que l'on appelle affectueusement la Diva de la musique ivoirienne est un véritable pont entre toutes les générations d'artistes en Côte d'Ivoire. Après près de 30 ans de scène, son air est resté toujours bonifié et la voix demeure intacte. Récemment de retour du Burkina Faso, ce pays où elle n'avait pas mis les pieds depuis près de dix ans pour des raisons politiques, dans lesquelles l'artiste dit ne pas se reconnaître, nous l’avons rencontré.Elle donne ici des explications à nos interrogations sans toutefois oublier d'apporter des réponses à certains faits d'actualité dans lesquels elle est citée. Entre la Diva et l'Impératrice, je ne sais pas lequel des deux dois-je faire accompagner de votre nom… ? (Elle rit) Tu peux choisir tout ce que tu veux. Ok, mais qu'est-ce que cela vous fait de porter tous ces attributs ? C'est une marque de reconnaissance que je dois à mes fans. Et je dis Dieu merci à tous ceux qui m'ont fait confiance dans ce métier difficile mais passionnant. En 30 ans de carrière musicale, c'est la même Aïcha Koné avec sa beauté et sa vivacité qui la caractérisent depuis le début. Est-ce qu'il y a un petit secret que vous cachez ? Non, je n'ai pas de secret à cela. Je me repose beaucoup quand j'ai cette occasion. Et il paraît que le repos efface les rides (elle éclate de rire). Voilà donc, c'est le repos et rien d'autre. Tout ce long trajet musical pour combien d'albums ? Vingt (20) albums. Des albums avec des titres qui ont traversé des frontières, n'est-ce pas ? Grâce à Dieu. Grâce aux médias qui nous ont apporté beaucoup dans l'évolution de ma carrière. Je voudrais profiter de votre micro pour remercier tous les agents de médias qui font beaucoup pour nous. C'est vrai, il y a des titres comme ''Aminata'', ''Mangone'' ''Adjouman'' qui dépendent des régions d'Afrique sur lesquelles, il faut créer des ouvertures parce que ça te permet de te faire adopter par les gens de ces cultures différentes. Et ce conseil d'ouverture, est-ce que vous le prodiguez de temps en temps, aux plus jeunes qui vous sollicitent pour une bonne carrière ? Chacun à sa vision personnelle. Certains veulent garder leur inspiration. Moi-même je suis comme ça. J'ai mon genre mais ça ne m'empêche pas de faire un clin d'œil à d'autres cultures. En 30 ans, vos objectifs sont-ils atteints ? Oui, c'est maintenant que ces objectifs sont en train d'être atteints parce que je fais des chansons qui doivent inciter à la paix. Quand je vais dans les pays comme la Sierra Leone, le Libéria, pour chanter et que les recettes reviennent aux déplacés, aux démunis de la guerre, en tout cas, c'est un rêve qui se réalise ainsi. Toute jeune, à votre début, ce rêve était-il vraiment en vous ? Oui, c'est un rêve que je nourrissais depuis l'enfance. Tout le monde sait que j'ai été influencée musicalement parlant par Miriam Makeba d'Afrique du Sud qui a longuement lutté pour l'Apartheid. Moi aussi dans mes débuts, j'avais eu une vision en chantant des titres comme ''Kanawa'' et autres qui devraient interpeller les uns et les autres sur les situations de guerres qui frappaient d'autres nations en son temps. Malheureusement, ça n'a pas été le cas. Et c'est arrivé dans notre pays. C'est dommage! Vous avez grandi et vous êtes la grande Aïcha qui est une Femme d'honneur bien acceptée dans les Palais Présidentiels. Est-ce le temps des récoltes pour un travail bien abattu ? C'est plutôt des gens qui voient en la culture et notamment la musique un facteur de développement. Même étant dans ces Palais, ils comprennent mes messages qui éduquent la population, qui recommandent le travail et le courage à la population. C'est tout cela qui plait peut-être aux locataires des Palais qui m'ouvrent les portes. Vous étiez l'un des chouchous de Feu le Président Houphouët-Boigny. Dans la sous région africaine également, vous n'avez pas mal d'amis dans les Palais. Ce sont des cibles à vous ? Quel Chef d'Etat ne veut pas de la réconciliation, de l'unité, de la paix de sa population ? Ils m'aiment parce que je leur lance des messages forts dans lesquels ils se retrouvent. Une ou des scènes vous ont personnellement marquée durant votre carrière… Toutes mes scènes m'ont marquée dans la mesure où ce sont des salles pleines de fans qui m'accueillent et ensemble, on chante en chœur les chansons. C'est donc formidable. Mais celles qui me marquent aujourd'hui le plus, c'est lorsque les recettes sont reversées aux malades, aux démunis, aux déplacés. Ce genre de spectacles me marquent profondément parce qu'il y a un geste humain derrière. Et c'est très important. Est-ce qu'avec ces gestes humanitaires que vous posez lors de vos spectacles, peut-on parler encore de cachets avec vous ? Pourquoi pas ? On peut parler de cachets parce que, c'est vrai, on fait le geste humaniste, mais au-delà de ça, on ne doit pas oublier que nous devons vivre de notre métier. Vous devez avoir gagné beaucoup dans la musique, n'est-ce pas ? Je bénis toujours l'Eternel. On peut avoir facilement des coups de main grâce aux relations qui sont déjà plus que l'argent. Et ça c'est déjà très important chez moi. N'empêche que discrètement, vous avez sûrement réalisé beaucoup de choses (Elle sourit et marque un arrêt) Oh, ça va ! On ne se plaint pas. Parlons de votre engagement patriotique dès les premières heures de la crise. Il se dit que vous avez subi des menaces… Ça c'est obligatoire. C'est le résultat de tout engagement. C'est comme le mariage. Le Maire vous dit ''c'est pour le meilleur et pour le pire''. C'est ça aussi la vie. Si on a passé des bons moments ensemble avec le peuple avant cette crise, il faut aussi que je sois à son côté lorsque ce même peuple vit des moments difficiles. C'est ce que je fais, même lorsque je suis hors du pays. Justement, la paix vient d'être amorcée et tout récemment vous étiez dans la délégation des artistes de Côte d'Ivoire qui étaient dans la Caravane de l'UNARTCI au Nord. Quels messages particuliers avez-vous lancés à vos parents du Nord ? C'était des messages de paix. On a chanté des chansons comme ''Soyons camarades'' pour dire à nos frères, sœurs et parents que l'argent finit mais l'être humain doit vivre et surpasser ce qui peut diviser. Heureusement que nos frères et sœurs avaient déjà compris ce message, donc nous avons chanté à l'unisson les refrains des chansons d'unité, de paix et de réconciliation. Sous les feux de l'actualité, l'on se souvient encore que votre nom a été cité dans une affaire de fétiches par un ex vaudou, Béhanzin. Comment avez-vous géré cette affaire ? (Elle sourit) C'est avec sérénité que j'ai vécu cette affaire. Parce que pour moi, je me dis que c'est à un fou à qui les gens ont donné de la considération. Mais comme lui-même s'est ressaisi et nous a blanchis, donc on a tourné la page. Pourtant d'aucuns croient encore… Ça c'est leur problème. On ne peut pas plaire à tout le monde. Si c'était leur souhait que Aïcha soit une tueuse et que cet ex vaudou est venu dire que je ne le suis pas, et qu’ils ont mal, c’est leur problème. Pourquoi on veut que je sois forcément une tueuse ? Ok. Vous revenez du Burkina. C'est dans quel cadre étiez-vous là-bas ? C'était sur invitation d'un de vos confrères du Burkina qui a organisé Miss Burkina. Donc j'y étais invitée pour la finale parce que c'était la fête de la femme. J'étais la représentante de la Côte d'Ivoire et franchement, je ne m'attendais pas à un accueil aussi chaleureux que celui que mes fans de là-bas m'ont réservé. C'était vraiment des moments de retrouvailles entre le peuple Burkinabé et moi. Et je profite de votre micro pour dire grand merci à Moustapha Tchombiano et Georges Ouédraogo, ces hommes de médias qui m'ont invitée. Une absence sur le sol Burkinabé qui a duré et été diversement interprétée. N'est-ce pas ? Oui. Ça a duré près de dix ans parce que j'ai été citée dans l'affaire Norbert Zongo. Je me demande toujours comment mon nom s'est retrouvé dans cette affaire. J'ai laissé tout entre les mains de Dieu à qui je laissais faire les choses. Aujourd'hui, c'est ce même peuple Burkinabé qui m'accueille les bras ouverts parce qu'après leur enquête, ils ont vu que Aïcha n'avait rien à voir dans cette affaire. Je dis merci à mes fans qui m'ont soutenue dans cette situation depuis le Burkina. Et comme on le dit, ''tout est bien qui finit bien''. Parlez-nous de votre dernier album. Comment s'est-il comporté ? En Europe, il s'est bien comporté parce que là-bas, le phénomène de la piraterie n'est pas encore trop développé. Par contre, chez nous en Afrique, pour ce que vous savez, on ne peut pas compter sur les ventes. Mais, il faut que les gens changent de comportement. Concernant ce phénomène, il se raconte que vous les aînés, vous ne semblez pas vous impliquer trop dans la lutte engagée par l'UNARTCI. Non, ce n'est pas ça. Nous étions à Lomé pour des séminaires et là, il s'est passé des choses. Lorsqu'un pirate a été pris, tout le monde s'est rendu compte que c'était le neveu du Président. C'est pour dire que c'est un problème très délicat. Mais ici, avec l'UNARTCI, nous sommes en train de trouver des moyens pour enrayer le phénomène. Ces derniers jours, c'est l'hommage à Amédée Pierre. A quand votre tour ? Pour l'instant, c'est notre doyen qui a tracé les sillons du succès de notre musique qu'on fête. Notre tour viendra. Il faut le laisser finir d'abord. On pense au prochain album? Pas pour l'instant. Mais ça viendra après. Je prépare un voyage sur Paris et Berlin et après, je reviens pour le MASA qui aura lieu à Abidjan et à l'intérieur cette année. J'y suis invitée. En tant qu'aînée, qu'avez-vous à dire sur les empoignades entre Tiane et Chantal Taïba ? Quand il y a débordement, c'est comme ça que les choses se passent. Mais si tout a été dévoilé, il faut maintenant que chacune mette de l'eau dans son vin et trouve un terrain d'entente. Je ne voudrais pas porter de jugement sur qui que ce soit. Mon souhait est que tout se règle bien. Pour des artistes et encore moins des femmes, est-ce que c'est bien vu de s'exposer dans la presse ? Qu'elles soient des artistes ou des femmes, sachez que c'est avant tout des êtres humains. Donc ça peut arriver. Mais je vais vous dire que ça va s'arranger. On ne peut causer avec vous sans demander où est-ce qu'on en est avec le cas de votre mari… Laisse tomber ça. Ça c'est ma vie privée Il se trouve que ses parents vous avaient demandé pardon. N'est-ce pas ? Il faut laisser tomber ça. Que doivent retenir vos fans de cet entretien ? Leur dire que je suis à leur écoute et que très bientôt, c'est le MASA, je serai avec eux. Je prépare également la fête de mes 30 ans de musique et que nous allons tous nous amuser parce que la Côte d'Ivoire sort de la crise. Est-ce qu'on peut s'attendre à une retraite d'Aïcha ? Pourquoi pas ? C'est dans quel métier il n'y a pas de retraite ? Il faut un jour s'attendre à ça (elle rit). Merci. declic magazine |


